En réponse, le Rabbi MHM explique que chaque « Délivrance » individuelle hâte la venue de la Délivrance collective. De manière similaire, le Rambam (Maïmonide) expose que, à tout moment, une seule action accomplie par un seul homme peut apporter au monde entier ce même parachèvement. C’est devenu un lieu commun de dire que notre temps est celui de la « massification », un temps dans lequel les hommes sont peu à peu conduits à ne plus apparaître que comme les éléments anonymes et indifférenciés d’une « masse ». Dans une telle époque, il est rafraîchissant de voir ainsi rappelée l’importance cosmique de l’individu et de chacune de ses actions.
Un dimanche après-midi, une vieille dame attendait patiemment dans la longue file de toutes ces femmes et filles juives, d’horizons sociaux et intellectuels totalement différents, qui étaient venues pour recevoir du Rabbi, roi Machia’h une bénédiction, avec un billet d’un dollar à donner à la tsédakah, la charité.
Lorsque ce fut son tour, cette vieille dame ne put retenir ces mots : « Rabbi, j’attends ici depuis seulement une heure et je tombe presque de fatigue ! Mais, vous, vous êtes debout ainsi depuis des heures et des heures, comme cela, à regarder les hommes et les femmes qui passent devant vous... ! »
Le Rabbi MHM sourit et répondit : « Quand on compte des diamants, on ne se fatigue pas ».
Qu’est-ce que Erets Israël ?
Un ’hassid demanda un jour au Tséma’h Tsédèk, le troisième Rabbi de Loubavitch, s’il devait s’installer en Terre Sainte afin de s’y consacrer à l’étude de la Torah et au service de Dieu. Le Tséma’h Tsédèk lui répondit : « Fais ici la terre (en hébreu, « Eretz ») d’Israël » [
1].
La phrase du Tséma’h Tsédèk va plus loin qu’une simple réponse à un ’hassid posant une question sur son avenir personnel, beaucoup plus loin que le point de savoir si telle personne doit vivre en Eretz Israël. Plutôt que d’envisager l’idée énoncée dans un cadre si limité, il convient de la comprendre comme indiquant à chaque membre de notre peuple, qu’il réside en Israël ou en diaspora, le chemin à suivre pour parvenir à la plénitude du sens de la Terre Sainte.
Qu’est-ce qu’Eretz Israël ? - Un endroit où la Divinité, la sainteté, le judaïsme connaissent une complète révélation. C’est l’ère messianique qui verra cet avènement, lorsque le Beith HaMikdach, le Temple de Jérusalem, sera reconstruit et que l’observance de toutes les mitsvot, les commandements de D-ieu, liées à la sainteté de la terre d’Israël sera restaurée [2]. Plus encore, nous ne ferons pas, alors, qu’accomplir les mitsvot mais nous saurons également apprécier le lien établi avec la Divinité par cette observance [3].
C’est là l’essence de l’ère messianique : le lien entre l’homme et D-ieu ne se fondera plus uniquement sur la foi. Il se nourrira de la pleine conscience de l’évidente présence Divine sur terre. Ainsi, concluant [4] sa description du caractère unique de la période, le Rambam (Maïmonide) [5] cite le verset [6] : « Car le monde sera plein de la connaissance de D.ieu comme les eaux couvrent le fond de l’océan ». En fait, le caractère matériel du monde ne changera pas aux temps messianiques [7] ; seules, notre connaissance de D.ieu et notre conscience de Sa présence seront différentes.
Cette notion est reflétée par le fait que le mot hébreu pour exil, gola est formé des mêmes lettres que le terme Délivrance, guéoula ; à une exception près toutefois, guéoula (Délivrance) comprend un « alef » que ne contient pas gola (exil). Cette lettre représente D.ieu, Aloufo chel olam, le Maître du monde, Qui y est présent [8].
Notre champ d’action
Quelle est la différence entre l’exil et la Délivrance ? - Précisément le
alef, notre conscience de la présence de D.ieu. Aucune des dimensions matérielles de notre existence ne disparaîtra avec la venue de Machia’h. Nos âmes continueront d’être incarnées dans des corps physiques, nous nous nourrirons de produits matériels, nous vivrons toujours avec des non-Juifs. Cependant, tous ces aspects de l’existence seront pénétrés de la pleine conscience de la présence Divine.
Le rapport établi entre ces deux termes,
gola et
guéoula , nous indique aussi le chemin qui nous permettra de passer de l’exil à la Délivrance. La récompense que D.ieu attribue au peuple juif reflète toujours l’acte qui la motive ; « mesure pour mesure » disent nos Sages [
9]. C’est donc en faisant descendre le
alef, la conscience de D.ieu, dans notre vie quotidienne que nous nous préparerons au temps où Sa Présence se révèlera dans tous les aspects de notre existence.
C’est là le sens de la réponse du Tséma’h Tsédèk :
« Fais ici la terre d’Israël ». Chacun a le devoir de faire résider D.ieu dans sa vie et autour de lui. Plutôt que de chercher à fuir le monde et ses problèmes pour s’enfermer dans les expressions purement spirituelles de la sainteté, il convient d’oeuvrer pour révéler le Sacré dans la réalité de notre existence contemporaine, pour donner application actuelle à l’idée qu’il n’existe rien dans le monde en dehors de D.ieu.
Tout ceci revêt une importance d’autant plus particulière que nous sommes au seuil de la Délivrance. Toute l’œuvre attendue du peuple juif a déjà été réalisée ; pour emprunter une expression du précédent Rabbi de Loubavitch, qui décrivait comme notre génération est prête pour la venue de Machia’h en employant l’allégorie du vêtement consciencieusement préparé pour l’ultime revue, nous avons d’ores et déjà « fait briller les boutons ». Plus rien ne manque aujourd’hui, plus rien ne peut faire obstacle à la Délivrance. A présent, nos efforts pour faire descendre la conscience de la présence Divine dans notre vie quotidienne peuvent hâter cet avènement.
Aussi, le message « Fais ici la terre d’Israël » doit être transmis à tous, aux membres de sa famille, à ses élèves, en fait à chaque Juif, hommes, femmes et enfants. Chacun doit savoir que « ici », son endroit, tant dans l’espace que dans le temps, le lieu qu’il occupe comme le moment qui passe, peut devenir Eretz Israël, un endroit où la Divinité se révèle.
Une expérience individuelle de délivrance
Ce message permet de répondre à une question souvent posée :
« Que puis-je faire, moi, pour amener Machia’h, le Messie ? Comment mes actes apparemment si insignifiants pourraient-ils avoir des effets à caractère si fondamental ? »
C’est que chaque Délivrance individuelle hâtera la venue de la Délivrance collective. « Faire ici la terre d’Israël », vivre dans l’esprit de la Délivrance et en pénétrer toutes les dimensions de notre vie n’est pas qu’une affaire personnelle ; cela exerce son influence sur le monde dans son ensemble [10], y rendant la Délivrance encore plus imminente.
Le temps est venu où nous pouvons, et nous devons, « faire ici la terre d’Israël », nous conduire dans l’esprit de la Délivrance. Car celle-ci est proche et il nous faut nous habituer à une nouvelle vision de notre vie quotidienne. Ce n’est pas que d’un acte symbolique qu’il est question : notre effort a le pouvoir de hâter concrètement la venue de Machia’h. Puisse-t-elle arriver dans un futur immédiat.
[
1]
Iguerot Kodèch (Lettres de Rabbi Yossef Its’hak [le précédent Rabbi de Loubavitch]), vol. I, p. 485.
[
2] Voir
Rambam (Maimonide)
Michné Torah, Hil’hot Méla’him (Lois relatives aux rois) 11:1.
[
3] Ainsi s’exprime la différence entre l’ère messianique et celle du premier
Beith HaMikdach. Car l’avènement de cette nouvelle ère n’est pas seulement le retour à un état antérieur. Au contraire, le but même de l’exil est de porter le peuple juif, et, plus généralement, le monde, à un degré plus élevé où la Divinité est révélée.
[
4] L’endroit précis où se trouve cette déclaration est particulièrement significatif car, selon le mot de nos Sages,
« tout va conformément à la conclusion. »
[
5]
Michné Torah, Hil’hot Méla’him (Lois relatives aux rois) 12:5.
[
6]
Yichayahou (Isaïe) 11:9.
[
7] Cette idée correspond à l’opinion exprimée par le
Rambam [Maimonide] (
Michné Torah, Hil’hot Méla’him [Lois relatives aux rois] 12:2), qui souscrit à l’avis du Talmud (traité
Bra’hot 34b) selon lequel
« il n’y aura pas de différence entre notre temps et l’ère de Machia’h en dehors de (notre émancipation de) la soumission aux royaumes (païens) ». Par ailleurs, même les autorités qui estiment qu’au contraire le temps de la Rédemption se caractérisera par les miracles qui se produiront dans l’ordre naturel, n’en concluent pas que c’est l’ensemble du domaine du matériel qui changera. A l’inverse, ces Sages (le
Raavad et le
Ramban) insistent sur l’idée que la récompense de l’ère messianique s’inscrira dans le cadre de l’existence physique.
[
8] La similitude entre ces deux termes fait l’objet d’un commentaire du Midrach (
Vayikra Rabbah à la fin de la
Parchat Emor, sec. 32 ;
Chir HaChirim Rabbah 4:7 ;
Kohélèt Rabbah au début du chap. 4). La ’Hassidouth explique (
Likoutei Torah, Béaalot’ha 35c etc.) qu’il s’agit de plus que d’un caractère passif : l’adjonction du
alef, c’est-à-dire de la présence de Dieu dans le monde par l’œuvre spirituelle de chacun, fait de
gola , l’exil, la
guéoula , la Délivrance. Pour une réflexion plus profonde sur ces points, voir le discours du Rabbi
[
9] Traité talmudique
Nédarim 32a.
[
10] Nos Sages (traité talmudique
Sanhédrin 37a) insistent sur le fait que chacun peut avoir un effet sur le monde entier. Ils enseignent
« Chacun est obligé de dire : “C’est pour moi que le monde a été créé” ». De même, le
Rambam (Maïmonide) écrit (
Michné Torah, Hil’hot Techouvah [Lois relatives au retour à D.ieu] 3:4) qu’à n’importe quel moment, une unique action, accomplie par un unique individu, peut faire pencher la balance cosmique du côté du Bien et déclencher ainsi l’avènement messianique pour le bénéfice du monde entier.
Ye’hi Adoneinou, Moreinou VeRabeinou,
Melekh HaMachia’h Leolam Vaèd !
Vive notre seigneur, notre maître,
notre Rabbi, Roi Machia’h pour l’éternité !