Dvar Mal'hout Chemot 5752

Dvar Mal'hout
L'Edit Royal

RÉSUMÉ DU DISCOURS
DU RABBI, ROI MACHIA’H
CHABBAT CHÉMOT
21 TÉVET 5752

Commentant le verset « Et voici les noms des enfants d’Israël venus en Égypte » (Exode 1, 1), le Midrache Rabba (Chémot 1, § 5) explique que la mention des noms des tribus d’Israël au moment de leur descente en Égypte est due au fait que ces noms sont liés avec la délivrance du peuple juif.

Ce Midrache est a priori surprenant. En effet, la délivrance d’Égypte n’est pas mentionnée dans cette paracha, ni même dans la suivante, mais seulement dans la paracha « Bo ». Pourquoi la Torah mentionne-t-elle donc les noms des tribus en liaison avec la délivrance ici, dans la paracha de « Chémot » qui a pour thème la descente en Égypte ? Un autre Midrache (Vayikra Rabba 32, § 5) enseigne que la mention de ces noms dans cette paracha indique que les Enfants d’Israël n’avaient pas changé leurs noms au cours de cet exil, ce qui leur a valu d’être plus tard délivrés.
Ce Midrache paraît plus logique que le précédent, car, d’après lui, la mention des noms vient donner la raison de la délivrance qui interviendra par la suite. Le premier Midrache, en revanche, précise que ces noms expriment déjà la délivrance.
En outre, ce Midrache précise que la mention du nom de Yossef fait référence à la délivrance messianique, au sujet de laquelle il est écrit « Yossif Hachem chénit yado, D.ieu étendra de nouveau Sa main » (Isaïe 11, 11). Il nous faut dès lors comprendre le lien qui relie la descente en Égypte relatée dans notre paracha et la délivrance messianique, ainsi que l’enseignement qu’il convient d’en tirer pour notre service de D.ieu aujourd’hui.
En réalité, la descente en Égypte a constitué une des étapes du processus de la
Délivrance. Ce ne fut une descente qu’en apparence, alors qu’intrinsèquement, cela constitua le point de départ de la délivrance d’Égypte et de la délivrance messianique finale. C’est la raison pour laquelle le Midrache affirme que ces noms sont mentionnés ici « au nom de la Délivrance ». Tel est en outre notre rôle en tant que Juifs aujourd’hui : faire apparaître, au sein même de l’exil, la Délivrance messianique.

Quand est-il fait mention de la sortie d’Égypte ?
La Michna citée dans la Haggada de Pessa’h relate que le jour où Rabbi Éleazar ben Azaryah fut nommé Nassi (chef du Sanhédrine), il déclara : « Je suis comme âgé de soixante-dix ans, mais je n’ai pas eu le mérite de démontrer que la sortie d’Égypte doit être mentionnée la nuit, jusqu’à ce que Ben Zoma le déduise du verset “Afin que tu te rappelles le jour de ta sortie du pays d’Égypte tous les jours de ta vie” (Deutéronome 16, 3) que si “les jours de ta vie” fait référence aux jours, le terme “tous” vient « amener » (inclure) les nuits. Les Sages, eux, enseignent que l’expression “les jours de ta vie” fait référence à ce monde-ci et que le terme “tous” vient « amener » (inclure) les temps messianiques. » (Michna Berakhot 1, 12)

Il est intéressant d’étudier le lien qui existe entre cet enseignement et
1. celui qui l’a rapporté, Rabbi Éleazar ben Azaryah,
2. la période dans laquelle il fut prononcé, lorsque celui-ci fut Nassi
3. l’âge mentionné dans la Michna, soixante-dix ans.

Ceci nous est enseigné par une lecture plus profonde de cette Michna. Celle-ci vient en effet préciser à quel moment il est nécessaire de « sortir d’Égypte » d’un point de vue spirituel, c’est-à-dire dépasser les limitations imposées par la condition corporelle afin de mieux s’attacher à D.ieu. Si en période de «jour», c’est-à-dire lorsque règne une grande clarté spirituelle, il est évident qu’il faut en profiter pour « sortir d’Égypte » et s’élever dans sa relation avec D.ieu, Ben Zoma vient ajouter que cette démarche doit aussi avoir lieu en temps de « nuit », lorsque règne l’obscurité de l’exil. L’enseignement des Sages va encore plus loin : même aux temps messianiques, lorsque la délivrance sera totale et absolue, la sortie d’Égypte sera encore mentionnée, bien qu’elle ne fut qu’une délivrance partielle, car elle constitue l’origine et le point de départ du concept même de délivrance, y compris de la délivrance messianique. En outre, la sortie d’Égypte présente l’atout d’avoir été le théâtre de la soumission du mal (alors que la délivrance messianique verra sa disparition totale).
Ainsi, si lors des temps messianiques la délivrance finale et la révélation de l’Infini divin constitueront l’essentiel, on continuera néanmoins à évoquer la sortie d’Égypte pour souligner que la délivrance messianique était recelée même par des situations marquées par les limitations, telles que l’exil, et qu’elle est donc indissociable de ces périodes de l’Histoire.
La sortie d’Égypte fut une délivrance incomplète alors que la délivrance messianique sera absolue. L’enseignement des Sages révèle que la mention de la sortie d’Égypte aujourd’hui contient en soi les temps messianiques : même aujourd’hui, en temps d’exil, nous devons évoquer et ainsi « amener » les temps messianiques.

Le rôle du Nassi, le Prince
Nous pouvons maintenant comprendre pourquoi cette Michna fut dite précisément le jour où Rabbi Éleazar ben Azaryah fut nommé Nassi : le rôle du Nassi au sein du peuple juif est en effet est de relier « tous les jours de la vie » de chaque Juif, y compris les situations d’exil (de « nuit »), avec la délivrance (la sortie « d’Égypte », des limitations de toutes sortes) en général et la délivrance messianique en particulier (la délivrance absolue, qui ne sera plus suivie d’exil). Il doit faire en sorte que chaque Juif soit en mesure de s’élever au dessus de son exil pour se tenir dans un état de délivrance messianique.
C’est pour cela que, lorsqu’il fut nommé Nassi, Rabbi Éleazar ben Azaryah s’occupa d’établir que « la sortie d’Égypte soit mentionnée la nuit » (en situation d’exil) et qu’il faut « amener les temps messianiques ».
C’est aussi la raison pour laquelle il était « comme âgé de soixante-dix ans ». Il
n’avait en réalité que dix-huit ans, mais, pour l’honneur de sa fonction de Nassi, dix huit rangées de poils blancs poussèrent miraculeusement à sa barbe durant la nuit et il eut alors l’apparence de quelqu’un âgé de soixante-dix ans, car tel est le temps qu’il est nécessaire de raffiner les sept midot (attributs émotionnels) de son « âme animale », siège du mauvais penchant pour atteindre la « vision » du divin. En effet, 70 est la valeur numérique de la lettre hébraïque « ayin », qui signifie « œil », ce qui fait allusion au fait que le raffinement de l’âme pendant soixante-dix ans permet d’accéder à une révélation du divin qualifiée de « vision ».
C’est pour cela qu’il dut au préalable atteindre ce niveau pour devenir Nassi et que grâce à lui il soit révélé que même dans un temps d’exil et de nuit, il est possible de « sortir d’Égypte » et même de parvenir à la délivrance absolue.
Cette capacité est contenue en allusion dans son nom « É-l–azar ben Azar–Y-ah », qui signifie qu’il reçoit l’aide (« azar ») de D.ieu (dont « É-l » et « Y-ah » sont des noms saints) pour sortir d’Égypte même en temps d’exil.
Le Talmud (Traité Berakhot 28a) relate que le jour où Rabbi Éleazar ben Azaryah fut nommé Nassi on renvoya le gardien de la maison d’étude et il fut donné à tous les élèves la permission de rentrer. En effet, le Nassi précédent, Rabbane Gamliel, avait interdit aux élèves qui n’étaient pas au summum de l’intégrité de venir dans la maison d’étude et Rabbi Éleazar ben Azaryah permit de rentrer à tout ceux qui le souhaitaient.
Rabbane Gamliel était en effet à un niveau comparable à celui des temps
messianiques, dans lequel le mal n’avait pas de place. Rabbi Éleazar ben Azaryah, en revanche, voulut que même dans la situation qui prévaut aujourd’hui, alors que le mal est présent dans le monde, il soit possible d’atteindre un degré de délivrance complète. Rabbane Gamliel se rangea lui-même à cette idée et, lorsqu’il fut rétabli plus tard dans sa fonction de Nassi, il n’empêcha plus quiconque de pénétrer dans la maison d’étude.

Même lorsque l’on descend en exil
Cet enseignement, selon lequel il nous incombe de faire pénétrer la sortie d’Égypte et la délivrance messianique même en temps d’exil, apparaît également au début du traité Berakhot (au début du chapitre qui se conclut par l’enseignement de Rabbi Éleazar ben Azaryah mentionné plus haut) ainsi qu’à la conclusion du Talmud :
Le traité Berakhot, premier traité du Talmud, débute par « À partir de quand lit-on le “Chéma” le soir ? », ce qui enseigne que même « le soir », dans la nuit de l’exil, il nous faut « lire le “Chéma” », c’est-à-dire permettre à nos âmes de se lier à D.ieu et de « sortir » des limitations imposées par le corps, « sortir d’Égypte ».
Le Talmud termine par « Tout celui qui étudie des lois (« halakhot »)
quotidiennement est assuré d’avoir part au monde futur », ce qui enseigne que même actuellement, en temps d’exil, il est possible d’accéder à une situation de délivrance (le « monde futur »). Et la dernière Michna mentionne le verset «D.ieu donne force à Son peuple, D.ieu bénit Son peuple avec la paix» (Psaumes 29, 11), ce qui enseigne qu’aujourd’hui déjà nous recevons la force qui nous permet d’accéder à la paix véritable qui caractérisera l’ère messianique.
Nous pouvons dès lors comprendre les paroles du Midrache selon lesquelles les noms des tribus d’Israël sont mentionnés à leur descente en Égypte « en référence à la délivrance d’Israël » car il faut être conscients au moment où l’on entame l’exil que, non seulement celui-ci mène à la délivrance, mais qu’il est une partie de la délivrance elle-même !
Cette idée est liée avec la date de la veille de ce Chabbat (en 5752-1992, Ndt) : le 20 Tévet, anniversaire de la disparition du Rambam (Maïmonide) :
Le Rambam était le Rav, le chef spirituel de la communauté juive d’Égypte. Il se rendit célèbre essentiellement à travers son œuvre magistrale, le « Michné Torah » qui rassemble toutes les lois de la Torah, y compris celles relatives au Machia’h. Il entretint une riche correspondance avec des communautés reculées, auxquelles il apporta vitalité et espoir.
Il est clair que la vie du Rambam constitue un modèle d’une vie de «délivrance» au sein même de l’obscurité de l’exil de l’Égypte.

Révéler la réalité
On a rappelé de nombreuses fois les paroles de mon beau-père, le Rabbi, Nassi de notre génération, selon lesquelles, au-delà du fait que « toutes les échéances ont été dépassées », les Enfants d’Israël ont fait Téchouva et ont tout achevé, y compris « le polissage des boutons » et il faut seulement que D.ieu ouvre les yeux des Juifs afin que ceux-ci voient que la délivrance est déjà présente, et que l’on est déjà assis devant une table dressée, au repas du Léviathan et du Chor Habar, et tout ce qui s’en suit.
Si au moment où nos ancêtres entrèrent en Égypte ils avaient la conscience qu’il s’agissait d’une étape du processus de la « délivrance d’Israël » et si le rôle de chaque Juif au fil des âges fut de faire pénétrer la délivrance à l’intérieur des situations d’exil, à plus forte raison après l’abondance de toutes nos actions au cours de l’exil, après celles de Rabbi Éleazar ben Azaryah à son époque, après celles du Rambam à son époque et de tous les Tsadikim du peuple juif de toutes les générations jusqu’à, dans ces dernières générations, le travail de nos Rabbis et Nessiim de la lignée de David de la tribu de Yéhouda, ce qui inclut l’action de mon beau-père, le Rabbi au cours des soixante-dix ans de sa vie ici-bas (5640-5710 – 1880-1950), à plus forte raison à l’heure actuelle, après que nous avons tout achevé, y a-t-il la promesse absolue de la Torah qu’il y aura assurément « Tous les jours de ta vie… pour amener
les temps messianiques ».
Et il est évident qu’il n’y a besoin d’aucune interruption, ce qu’à D.ieu ne plaise, entre « tous les jours de ta vie » et « les temps messianiques » (comme ce fut le cas pour les Juifs de toutes les époques qui ont vécu avant cette génération-ci), mais « tous les jours de la vie » de chaque Juif, une vie matérielle, l’âme étant revêtue dans le corps, incluent en eux « les temps messianiques » sans interruption, car la délivrance vient immédiatement, en cet instant et en ce lieu (même si c’est une situation de « nuit », de « descente en Égypte »), de sorte que le dernier instant de l’exil devient le premier instant de la délivrance.
Et des « jours de ta vie » dans ce moment-ci et en cet endroit-ci (quand bien même est-il plus âgé que soixante-dix ans), il passe immédiatement en toute intégrité à la suite des « jours de ta vie » dans l’ère messianique et à la vie éternelle qu’il y aura alors.

Comment faire ?
Concrètement parlant, la tâche qui incombe aux Juifs aujourd’hui est «d’amener les temps messianiques », de révéler enfin immédiatement et concrètement que la situation de « descente en Égypte » dans l’exil est en fait une situation de « délivrance d’Israël », par le fait que l’on se prépare soi-même et que l’on prépare les autres aux temps messianiques.
Ce qui inclut aussi, en relation avec la Hiloula du Rambam, que l’on renforce son étude du « Michné Torah » du Rambam, notamment en rejoignant le cercle de ceux qui étudient trois chapitres par jour, ou un chapitre, ou le Sefer Hamitsvot, et en particulier, dans le « Michné Torah » lui-même, l’étude des deux derniers chapitres consacrés aux lois relatives au Machia’h.
Que D.ieu fasse que la simple prise de décision en ce sens nous vaille déjà la
rétribution : l’accomplissement des paroles du Rambam à la fin de son livre, car, dès lors que nous avons déjà « un roi de la lignée de David, qui étudie la Torah et pratique les Mitsvot comme le faisait son aïeul David… qui poussera tout le peuple juif à aller dans la voie de la Torah et à la renforcer, qui livrera les guerres de D.ieu » qui est alors « présumé être le Machia’h », qu’il soit dès à présent « Machia’h avec certitude » par le fait que « il aura réussi et aura construit le Temple en son endroit et rassemblé les exilés d’Israël… Il ordonnera le monde entier pour servir D.ieu de concert, etc. »
Jusqu’à ce que, comme conclut le Rambam :
« La connaissance de D.ieu remplira le monde comme les eaux recouvrent les fonds marins » (Isaïe 11, 9).
 

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